ALUR 42

Déclaration de soupçon : définition et règles en 2026

La déclaration de soupçon est l'acte, en principe écrit, par lequel un professionnel assujetti signale à Tracfin des sommes ou opérations dont il sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une infraction passible d'une peine privative de liberté supérieure à un an ou qu'elles sont liées au financement du terrorisme (article L. 561-15 du code monétaire et financier). Elle est confidentielle.

Aussi appelé : DS, déclaration de soupçon Tracfin, déclaration de soupçon de blanchiment.

Textes relus sur Légifrance le 11/10/2026, 9 sources citées

Que dit l'article L. 561-15 du code monétaire et financier ?

Le I pose l'obligation : les personnes de l'article L. 561-2 déclarent au service mentionné à l'article L. 561-23, Tracfin, les sommes ou opérations dont elles savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une infraction passible d'une peine privative de liberté supérieure à un an, ou qu'elles sont liées au financement du terrorisme.

Le II vise la fraude fiscale : elle se déclare lorsqu'au moins un critère défini par décret est présent. Le IV impose de transmettre sans délai toute information qui infirme, conforte ou modifie une déclaration déjà faite. Le V étend l'obligation aux simples tentatives d'opérations.

Le VI précise la forme : la déclaration est écrite. Le service peut la recueillir verbalement dans des conditions qui lui permettent d'en vérifier la recevabilité, et il en accuse réception sauf si le déclarant indique ne pas le souhaiter.

Savoir, soupçonner, avoir de bonnes raisons de soupçonner : où est le seuil ?

Le texte prévoit trois degrés. Le troisième est le plus important, parce qu'il est objectif : il ne vous demande pas d'être convaincu, mais de constater des faits qui justifient un soupçon. L'absence de certitude n'est donc jamais une raison de ne pas déclarer.

Le soupçon porte sur l'origine des fonds ou sur l'opération, pas sur la personne. Vous ne dénoncez pas quelqu'un : vous signalez une somme ou une opération qui ne s'explique pas. Vous n'avez pas à qualifier l'infraction sous-jacente, ni à mener une enquête.

L'agent immobilier ne voit pas toujours passer les fonds. Il voit autre chose : le financement annoncé, le prix au regard du marché, le comportement du client, l'apparition d'un tiers payeur, une revente rapide sans raison. Ces éléments peuvent fonder une déclaration utile.

Avant ou après la signature : quand déclarer dans une vente ?

L'article L. 561-16 pose la règle : vous vous abstenez d'effectuer toute opération sur des sommes suspectes tant que vous n'avez pas fait la déclaration. Si le soupçon naît avant le compromis, vous déclarez et vous ne poursuivez pas l'opération avant la déclaration.

Le même article règle le cas où l'opération est déjà réalisée : parce qu'il était impossible d'y surseoir, parce que le report aurait gêné les investigations, ou parce que le soupçon est apparu après. Vous informez alors Tracfin sans délai.

Une fois la déclaration faite, l'opération peut se poursuivre, sauf si Tracfin s'y oppose. L'article L. 561-24 permet au service de reporter une opération non encore exécutée de dix jours ouvrables à compter du jour d'émission de la notification. Le président du tribunal judiciaire de Paris peut prolonger ce délai ou ordonner le séquestre provisoire des fonds.

Comment rédiger une déclaration exploitable

L'article R. 561-31 fixe le contenu : la profession du déclarant, l'identité et les coordonnées du déclarant désigné, le cas de déclaration, l'identification du client et du bénéficiaire effectif, l'objet et la nature de la relation, un descriptif de l'opération avec les éléments d'analyse qui ont conduit à déclarer, et le délai d'exécution si l'opération n'est pas faite. Les pièces utiles s'y joignent.

La déclaration se transmet par la plateforme ERMES, généralisée à tous les assujettis depuis le 1er février 2025. Une déclaration incomplète est renvoyée en régularisation pendant un mois. Faute de régularisation, elle est déclarée irrecevable et ne bénéficie plus de la protection de l'article L. 561-22.

Une structure simple aide à écrire : la relation (qui, depuis quand, pour quelle opération), ce qui était attendu (profil, origine annoncée des fonds), ce qui s'est produit (faits datés, sans interprétation), et l'écart entre les deux. Une phrase du type « l'opération paraît suspecte » n'apporte rien au service.

La confidentialité : ce qu'on ne dit jamais au client

La déclaration est confidentielle (article L. 561-18). Il est interdit d'en révéler l'existence ou le contenu au propriétaire des sommes, à l'auteur de l'opération ou à des tiers, et de donner des informations sur ses suites. Seules les autorités de contrôle et certaines instances professionnelles font exception.

La violation de cette interdiction est punie d'une amende de 22 500 euros (article L. 574-1). La même sanction s'attache à la divulgation d'une opposition notifiée par Tracfin. Une phrase maladroite au téléphone suffit à la constituer.

Concrètement, si vous arrêtez une vente faute d'éléments, vous expliquez que la réglementation vous interdit de poursuivre sans ces informations. Vous ne dites pas que vous avez déclaré, ni que vous allez le faire. Dans l'agence, seules les personnes qui doivent connaître le dossier en sont informées.

La protection du déclarant de bonne foi

L'article L. 561-22 interdit toute poursuite fondée sur les articles 226-10, 226-13 et 226-14 du code pénal contre le professionnel, ses dirigeants et ses préposés qui ont déclaré de bonne foi dans les conditions prévues. Aucune action en responsabilité civile ni sanction professionnelle ne peut non plus être engagée contre eux.

Si la déclaration cause directement un préjudice, c'est l'État qui en répond. La protection joue même si le caractère délictueux des faits n'est pas prouvé, ou si les poursuites se terminent par un non-lieu, une relaxe ou un acquittement.

Le salarié ou le dirigeant qui signale un soupçon dans le cadre du contrôle interne de l'entreprise est protégé de la même façon. C'est la contrepartie de l'obligation : vous n'avez pas à craindre d'avoir déclaré à tort, dès lors que vous avez agi de bonne foi et dans les conditions prévues par les textes.

Ce que l'agence doit organiser, et ce qu'elle risque

Désignez un déclarant. Pour un professionnel de l'immobilier, son identité et sa qualité se communiquent par un document distinct, joint à la première déclaration (article R. 561-23). Désignez aussi un correspondant chargé de répondre aux demandes du service (article R. 561-24). Ces articles n'interdisent pas de confier les deux fonctions à la même personne, par exemple au dirigeant d'une petite agence.

Prévoyez une procédure interne : à qui un négociateur signale un doute, qui décide, en combien de temps, et où le dossier est conservé. Les documents relatifs aux opérations se conservent cinq ans à compter de leur exécution (article L. 561-12).

Ne pas déclarer un soupçon caractérisé est un manquement sanctionné par la Commission nationale des sanctions : avertissement, blâme, interdiction temporaire d'exercice, retrait de la carte professionnelle, sanction pécuniaire jusqu'à cinq millions d'euros ou au double de l'avantage tiré du manquement (article L. 561-40). Les dirigeants et salariés impliqués peuvent être visés personnellement.

Exemple : trois signaux sur une même vente

Exemple fictif. Une maison est estimée 300 000 euros. Un acquéreur offre 340 000 euros sans négocier, annonce un paiement comptant, puis indique que les fonds viendront d'une société étrangère dont il refuse de nommer les associés. Chaque fait, isolé, peut s'expliquer. Ensemble, ils appellent un examen renforcé au sens de l'article L. 561-10-2.

Vous demandez l'origine des fonds, leur destination et l'identité du bénéficiaire. Si l'acquéreur ne répond pas, le soupçon est formé : l'article L. 561-16 vous impose de vous abstenir de poursuivre l'opération tant que vous n'avez pas déclaré. Vous déclarez à Tracfin avant toute signature, avec les faits datés et les pièces dont vous disposez.

Vous ne dites rien de la déclaration à l'acquéreur, au vendeur ou aux autres intervenants. Vous consignez dans votre dossier interne la chronologie, les questions posées et les réponses obtenues.

Questions fréquentes : déclaration de soupçon

Peut-on prévenir le vendeur qu'on a fait une déclaration sur l'acquéreur ?

Non. L'article L. 561-18 interdit de porter l'existence ou le contenu d'une déclaration à la connaissance de l'auteur de l'opération ou de tiers, et le vendeur est un tiers à la déclaration. L'amende prévue est de 22 500 euros. Vous pouvez seulement expliquer que la réglementation vous empêche de poursuivre sans certains éléments.

Que risque-t-on si le soupçon se révèle infondé ?

Rien, si vous avez déclaré de bonne foi dans les conditions prévues. L'article L. 561-22 exclut les poursuites pénales qu'il cite, toute action en responsabilité civile et toute sanction professionnelle, même si les faits ne sont pas établis ou si l'affaire se termine par un non-lieu. L'État répond du préjudice causé directement par la déclaration.

Faut-il attendre l'accord de Tracfin pour signer le compromis ?

Non. Vous déclarez avant d'exécuter l'opération. Ensuite, l'opération peut avoir lieu, sauf opposition du service, qui la reporte de dix jours ouvrables à compter du jour d'émission de sa notification. Sans décision du président du tribunal judiciaire de Paris à l'issue de ce délai, l'opération peut être exécutée. Le silence du service n'est pas une validation.

Un négociateur salarié peut-il déclarer lui-même ?

La déclaration est faite par la personne habilitée désignée par l'entreprise. L'article R. 561-23 permet toutefois à un dirigeant ou à un préposé de déclarer directement, dans des cas exceptionnels, notamment d'urgence ; la personne habilitée confirme ensuite. Le salarié qui signale un soupçon en interne est protégé par l'article L. 561-22.

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