Bon de visite : définition et règles en 2026
Le bon de visite est le document daté et signé par lequel un visiteur reconnaît qu'un professionnel lui a fait visiter un bien déterminé. Aucun texte ne l'impose : c'est un outil de preuve. Il aide l'agent à établir qu'il est à l'origine de la rencontre, condition pratique de sa rémunération, encadrée par l'article 6 de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970.
Aussi appelé : attestation de visite, bon de visite immobilier.
Textes relus sur Légifrance le 11/10/2026, 5 sources citéesLe bon de visite est-il obligatoire ?
Non. Ni la loi du 2 janvier 1970 ni le décret du 20 juillet 1972 ne le mentionnent. C'est une pratique professionnelle, recommandée parce que la rémunération de l'agent dépend souvent de la preuve qu'il a présenté l'acquéreur au vendeur.
Le bon de visite ne crée pas d'obligation à la charge du visiteur. Il ne l'engage ni à acheter, ni à payer une commission. Contrairement à une idée répandue, sa signature n'interdit pas au visiteur d'acheter le même bien par une autre voie. Sa fonction est de dater et de prouver la présentation.
Il ne remplace pas le mandat. L'article 72 du décret impose de détenir un mandat écrit avant de négocier : une visite organisée avec un acquéreur suppose donc un mandat déjà signé avec le vendeur. Un bon de visite signé sans mandat prouve surtout que le professionnel a travaillé sans titre.
Ce qui change en 2026 : une pièce de preuve contre le contournement
L'arrêt de la troisième chambre civile du 7 mai 2026 (pourvoi n° 24-10.637, publié au bulletin) donne au bon de visite une importance nouvelle. Une agence titulaire d'un mandat non exclusif avait fait visiter une villa. Cinq semaines plus tard, les visiteurs signaient une promesse directement avec les vendeurs, à l'insu de l'agence.
La Cour de cassation a approuvé la condamnation des acquéreurs, tiers au mandat, sur le terrain de la responsabilité délictuelle. Deux faits ont pesé : les acquéreurs connaissaient le droit à rémunération de l'agent qui leur avait fait visiter le bien, et la promesse contenait une clause par laquelle l'acquéreur prenait en charge les éventuelles poursuites des agences.
La connaissance du droit à rémunération devient donc un élément à prouver. Un bon de visite qui mentionne le montant des honoraires et la partie qui en a la charge sert directement cette preuve. L'arrêt n'instaure pas de présomption : il faut un comportement fautif, et la décision vise en particulier les manœuvres frauduleuses.
Ce que doit contenir un bon de visite utile
Identifiez le bien sans ambiguïté : adresse, nature, numéro de lot le cas échéant, et numéro du mandat de vente au registre. Indiquez le nom de l'agence, celui du négociateur qui a fait visiter, la date et l'heure de la visite.
Identifiez complètement le visiteur : nom, prénoms, adresse, téléphone ou courriel. Un prénom et un numéro de portable ne suffisent pas à rattacher, des mois plus tard, un acte de vente à une visite. Si deux personnes visitent pour acheter ensemble, faites signer les deux.
Mentionnez le prix demandé, le montant des honoraires et la partie qui en a la charge, tels qu'ils résultent du mandat. Ajoutez une phrase indiquant que le bien a été présenté par l'agence. Les informations recueillies sont des données personnelles : informez le visiteur de leur usage et limitez leur conservation à ce qui est nécessaire.
Rédigez un bon par bien visité. Un bon collectif qui énumère plusieurs adresses rend plus difficile le rapprochement avec chaque mandat et chaque ligne du registre.
Ce que le négociateur doit faire à chaque visite
Avant la visite, vérifiez que le mandat est signé, inscrit au registre et numéroté. Préparez un bon pré-rempli avec les données du bien. Faites-le signer au début de la visite, pas à la fin : un visiteur déçu signe moins volontiers.
Après la visite, classez le bon dans le dossier du mandat et reportez-le dans votre suivi. Rendez compte au vendeur : date, visiteur, retour en une phrase. Ce compte rendu écrit constitue une seconde trace de la présentation, utile face à un vendeur qui prétendrait avoir trouvé l'acquéreur seul.
Si une vente se conclut plus tard entre le vendeur et l'un de vos visiteurs, demandez communication de l'acte et lisez-le. Une clause de prise en charge des poursuites d'agences, comme dans l'affaire jugée en 2026, révèle l'intention de contourner. Le bon de visite, les comptes rendus et les échanges écrits forment alors un dossier de preuve cohérent.
Le bon de visite prépare aussi la suite. Les informations d'identité recueillies serviront si le visiteur fait une offre, moment où l'identification de l'acquéreur au titre de la lutte contre le blanchiment est prudente. Un bon complet évite de redemander des pièces à un moment sensible de la négociation.
Ce que le bon de visite ne fait pas
Il ne fait pas naître de droit à commission. L'article 6 de la loi interdit d'exiger ou de recevoir toute somme avant que l'opération soit conclue et constatée dans un seul acte écrit contenant l'engagement des parties. L'article 73 du décret limite la rémunération à celle dont les conditions figurent au mandat, à la charge de la partie qui y est désignée.
Il ne remplace pas la clause du mandat qui prévoit des honoraires dus même si la vente est conclue sans les soins de l'agent. Cette clause, encadrée par l'article 78 du décret, lie le vendeur et doit figurer en caractères très apparents dans le mandat. Le bon de visite sert seulement à prouver les faits qui la déclenchent.
Enfin, sa valeur dépend de sa qualité. Un bon incomplet, non daté ou signé d'un prénom seul prouve peu. Un bon complet, rapproché du registre des mandats et des comptes rendus adressés au vendeur, prouve beaucoup.
Exemple chiffré : la visite qui finit en vente directe
L'affaire jugée le 7 mai 2026 donne l'ordre de grandeur. Le mandat non exclusif prévoyait une commission de 6 % du prix, à la charge de l'acquéreur, pour un prix demandé de 2 990 000 €. La vente directe a été conclue à 2 500 000 €. La commission perdue, 6 % de ce prix, représentait 150 000 €. L'arrêt de cassation ne donne pas le montant des dommages et intérêts, qu'il désigne comme « une certaine somme ».
L'arrêt ne détaille pas les pièces produites pour établir la visite du 5 avril 2018. Il montre en revanche que les juges ont constaté la date de la visite et la connaissance, par les acquéreurs, du droit à rémunération de l'agent. C'est exactement ce qu'un bon de visite complet permet de prouver.
Questions fréquentes : bon de visite
Un visiteur peut-il refuser de signer le bon de visite ?
Oui, aucun texte ne l'oblige à signer. L'agence conserve alors d'autres traces : la demande de rendez-vous par courriel, la confirmation écrite de la visite, le compte rendu adressé au vendeur. Une confirmation de rendez-vous envoyée par écrit au visiteur, avec l'adresse du bien et les honoraires, joue en partie le même rôle.
Le bon de visite oblige-t-il l'acquéreur à passer par l'agence ?
Non. Il ne crée aucune obligation contractuelle à sa charge. En revanche, l'arrêt du 7 mai 2026 confirme qu'un acquéreur qui, par un comportement fautif, fait perdre sa commission à l'agent engage sa responsabilité délictuelle envers lui. Le bon de visite aide à prouver la présentation et la connaissance du droit à rémunération.
Un bon de visite signé sur tablette est-il valable ?
Aucun texte n'impose de forme au bon de visite. Ce qui compte est sa force probante : identité certaine du visiteur, date, désignation du bien, signature. Un document signé sur tablette ou une confirmation horodatée remplit cette fonction si l'outil conserve la trace de la signature et empêche toute modification après coup.
Combien de temps conserver les bons de visite ?
Aucun texte ne fixe de durée propre au bon de visite. Conservez-le avec le dossier du mandat, tant qu'une contestation sur la rémunération reste possible. Les mandats et le registre se conservent dix ans selon l'article 72 du décret du 20 juillet 1972. Les données personnelles du visiteur ne sont pas gardées au-delà de ce qui est nécessaire à cette finalité.

Validez vos heures 2026 avec la formation ALUR 42h Transaction
Ce terme fait partie du programme. Le parcours se suit en ligne, à votre rythme, non-discrimination et déontologie comprises. L'attestation est délivrée dès la fin du parcours, prête pour votre chambre de commerce.
4,8 sur 5, 493 avis vérifiés
Les textes de référence
- Cour de cassation, troisième chambre civile, 7 mai 2026, n° 24-10.637legifrance.gouv.fr
- Article 6 de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970legifrance.gouv.fr
- Article 72 du décret n° 72-678 du 20 juillet 1972legifrance.gouv.fr
- Article 73 du décret n° 72-678 du 20 juillet 1972legifrance.gouv.fr
- Article 78 du décret n° 72-678 du 20 juillet 1972legifrance.gouv.fr
Voir aussi dans le glossaire
Pour aller plus loin
Transaction et vente : les autres termes
Quelle formation vous concerne ?
Le décret n'impose que quatre heures sur les quarante-deux : deux de déontologie et deux de non-discrimination. Les autres se choisissent librement, elles peuvent donc servir votre métier.
Le cycle de 3 ans, 42 heures
- Carte TFormation ALUR 42h Transaction6 modules · 279 € net de taxe
- Carte GFormation ALUR 42h Gestion6 modules · 279 € net de taxe
- Carte SFormation ALUR 42h Syndic6 modules · 279 € net de taxe
- Carte TFormation ALUR 42h Patrimoine16 modules · 279 € net de taxe
- Cartes T et GFormation ALUR 42h Fiscalité16 modules · 279 € net de taxe
- Carte TFormation ALUR 42h Urbanisme16 modules · 279 € net de taxe
- Carte TFormation ALUR 42h Bail commercial16 modules · 279 € net de taxe
- Cartes T et GFormation ALUR 42h Énergie16 modules · 279 € net de taxe
- Toutes cartesFormation ALUR 42h Données et IA16 modules · 279 € net de taxe
- Toutes cartesFormation ALUR 42h Multi-spécialités16 modules · 279 € net de taxe
Une année, 14 heures
- Socle réglementaireFormation ALUR 14h3 modules · 129 € net de taxe
- Carte TFormation ALUR 14h Transaction3 modules · 129 € net de taxe
- Carte GFormation ALUR 14h Gestion3 modules · 129 € net de taxe
- Carte SFormation ALUR 14h Syndic3 modules · 129 € net de taxe
- Toutes cartesFormation ALUR 14h Multi-spécialités9 modules · 129 € net de taxe